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Le suicide en prison
Le procès d’Outreau n’a fait que relancer le débat sur la nécessité ou pas de
modifier le statut du Juge d’Instruction, allant même jusqu’à imaginer sa
suppression.
On a aussi beaucoup polémiqué sur le système inquisitorial actuel, qui peut
paraître inégalitaire pour toutes les parties à la procédure, et notamment aux
Avocats de la défense, pour lui opposer le système américain de type
accusatoire, avec des moyens d’investigations égaux entre le Paquet, qui
soutient l’accusation, et l’Avocat de la défense.
Un certain nombre de réformes a été adopté par la loi du 5 mars 2007,
réformes parfois jugées timides en ce qu’elles n’ont pas répondu à toutes les
attentes.
Mais pouvait-on modifier radicalement le système précédent sans se heurter
à des difficultés d’organisation et de budgétisation sans solution ?
Aussi, peut-on considérer que, dans un pays ancré dans la tradition comme
la France, les acteurs du procès pénal, magistrats, avocats, prévenus et
parties civiles, étaient prêts à une telle révolution du système ?
Rien n’est moins sûr.
Dans la pratique, tel que nous la rencontrons au quotidien de notre exercice
professionnel, l’instruction pénale révèle de nombreuses carences et
évolutions nécessaires.
Loin de me poser en réformateur ou critique de la situation actuelle de la
procédure pénale, permettez à l’avocat pénaliste que j’ai la prétention d’être,
de vous livrer mes réflexions sur une évolution qui me paraît utile
d’examiner.
Nous savons que les professionnels ne doivent pas se satisfaire d’une
formation de base pour s’imposer dans le domaine d’intervention qu’il
choisit.
A cet égard, tant les Médecins que les Avocats ont l’obligation de suivre une
formation continue pour être au faîte de l’évolution médicale ou législative.
Sauf erreur de ma part, les magistrats n’ont aucune formation particulière
concernant l’instruction.
De plus, un magistrat, qui débute sa profession, peut immédiatement être
nommé à l’instruction, ce que l’on a vu notamment avec le Juge BURGOT.
Personnellement, c’est une réalité qui me choque.
Le magistrat instructeur a un rôle délicat puisqu’il doit, sur la demande du
Parquet qui soupçonne un délit ou un crime, déterminer les éléments qui
permettent de renvoyer l’individu concerné devant une juridiction de
Jugement ou l’en écarter si les preuves font défaut.
Ce qui veut donc dire que ce magistrat est confronté le plus souvent à trois
parties, l’accusation (Parquet), la victime (Partie civile) et le prévenu (Défense),
et que dans ce méandre de thèses qui bien évidemment n’ont pas le même
but, il doit en tirer le rapport le plus neutre possible.
Comment imaginer que cette tâche extrêmement difficile soit confiée à une
personne qui n’a pas de formation particulière?
La première des réformes à adopter serait à mon sens de prévoir une
formation particulière du magistrat instructeur, sanctionnée par un diplôme,
qui serait donc différent de celui des magistrats du siège.
Cette formation, à l’évidence, devrait comprendre un examen psychologique
ou le futur Juge d’instruction devra acquérir des notions de psychologie
nécessaires à la bonne appréhension des dossiers dont il aura à traiter.
La question de savoir si dans les dossiers difficiles notamment, il est
nécessaire de nommer plusieurs magistrats instructeurs est un faux
problème.
D’abord, comment définir « le dossier difficile » ? Ne l’est-il pas pour toutes
les personnes confrontées à ses Juges, quelque soit ce qui lui est reproché ?
De même, de la part de l’instruction, la difficulté d’un dossier se situe-t-elle
au niveau de ses éléments ou de la faculté de compréhension du magistrat ?
Enfin, ne peut-on pas considérer, qu’à l’instar de ce qui se passe pour les
collèges d’Expert, un seul des magistrats saisis va prendre les décisions ?
Combien d’entre nous n’a pas entendu un Expert indiquer, notamment à la
barre de la Cour d’Assises, n’avoir procédé qu’à des vérifications sommaires
et que le véritable travail a été effectué par tel autre Expert, chef de file du
collège désigné ?
Il est évident que dans le système actuel, il n’est pas possible de savoir quel
est le magistrat qui a travaillé dans un dossier d’instruction lorsqu’ils sont
deux, comme nous le voyons de temps en temps dans les dossiers jugés
épineux.
Cela ne serait pas pareil si le magistrat instructeur déposait à la barre de la
Cour d’Assises ou du Tribunal correctionnel.
Ne risquerions nous pas d’entendre un magistrat déclarer ne pas avoir
participé à tel ou tel acte d’instruction ? quid de la collégialité en ce cas?
Cet élément de réflexion entraîne une autre idée de réforme : pourquoi ne
pas modifier le système actuel qui délivre le magistrat instructeur de son
dossier lorsque ce dernier est renvoyé devant la juridiction de Jugement en
l’obligeant à répondre aux légitimes interrogations des parties au procès ?
Cela est déjà prévu devant la Cour d’Assises pour l’Officier de Police Judiciaire
ou le gendarme qui a effectué l’enquête.
Cela permettrait aux acteurs du procès pénal, surtout s’ils ne l’étaient pas au
cours de l’instruction, d’obtenir des réponses aux questions bien légitimes
que nous nous posons souvent.
Cela relancerait également le débat de la responsabilité personnelle des
magistrats instructeurs.
Mais ceci est une autre histoire… à lire prochainement ?
Frédéric ASDIGHIKIAN
Avocat au Barreau de Marseille
LE SUICIDE EN PRISON
Le nombre de suicides en prison qui sévit à l'heure actuelle est un véritable
problème de société Le problème est dû au fait que la prison est
tellement sale, comporte tellement de violences, de drogue, et aucun avenir
parce que celui qui est allé en prison n'a presqu'aucune chance de
réinsertion, que le suicide apparaît alors comme une issue plus ou moins
inéluctable.

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